Partir à la retraite, c’est aussi l’heure des comptes. Parmi les questions qui reviennent le plus souvent : est-ce que j’ai droit à une prime de départ ? Et si oui, combien ? La réponse dépend d’un détail que beaucoup ignorent — qui prend l’initiative du départ, vous ou votre employeur. Ce point change radicalement le montant perçu.
On fait le tour complet : les conditions d’accès, les formules de calcul, les cas particuliers, et ce que les conventions collectives viennent parfois améliorer. Pour tout ce qui touche à vos finances à l’approche de la retraite, la rubrique Finance de Cousain propose aussi des ressources utiles pour mieux anticiper.
Départ volontaire ou mise à la retraite : une différence majeure
Quand c’est le salarié qui part
Un salarié qui décide lui-même de quitter son emploi pour prendre sa retraite effectue ce que le Code du travail appelle un départ volontaire à la retraite. Dans ce cas, il a droit à l’indemnité légale de départ — mais uniquement s’il justifie d’au moins 10 ans d’ancienneté dans l’entreprise. En dessous de ce seuil, rien n’est dû légalement.
Attention : cette indemnité est nettement plus faible que celle d’un licenciement. Le législateur part du principe que le salarié part de son plein gré. Logique, même si ça pique.
Quand c’est l’employeur qui met à la retraite
L’employeur peut imposer le départ à la retraite d’un salarié, mais seulement à partir de 70 ans sans condition. Entre 67 et 70 ans, il doit interroger le salarié chaque année et obtenir son accord. Ce scénario — la mise à la retraite — donne droit à une indemnité bien plus généreuse, équivalente à l’indemnité légale de licenciement.
💡 Notre conseil
Avant de signer quoi que ce soit, vérifiez toujours si votre convention collective prévoit une indemnité supérieure à la base légale. C’est souvent le cas dans les secteurs de la métallurgie, de la banque ou de la fonction publique hospitalière.
Calcul de l’indemnité légale de départ volontaire
La formule applicable en 2026
Le montant de l’indemnité légale de départ volontaire est calculé sur la base du salaire de référence, soit le plus favorable entre :
- la moyenne des 12 derniers mois de salaire brut ;
- le tiers des 3 derniers mois (avec réintégration prorata des primes).
Sur cette base, voici les tranches d’ancienneté prévues par le Code du travail :
| Ancienneté | Indemnité |
|---|---|
| De 10 à 14 ans | 0,5 mois de salaire de référence |
| De 15 à 19 ans | 1 mois de salaire de référence |
| De 20 à 29 ans | 1,5 mois de salaire de référence |
| 30 ans et plus | 2 mois de salaire de référence |
Exemple concret
Marie, 63 ans, part à la retraite après 22 ans dans la même entreprise. Son salaire brut moyen sur les 12 derniers mois est de 2 800 €. Son indemnité légale = 1,5 × 2 800 € = 4 200 €. Pas négligeable, mais loin des montants d’un licenciement pour motif économique après la même durée.
10 ans
ancienneté minimale pour percevoir l’indemnité légale de départ volontaire
Mise à la retraite par l’employeur : un calcul différent
Une indemnité calquée sur le licenciement
Quand l’employeur prend l’initiative, l’indemnité due est au moins égale à l’indemnité légale de licenciement. Le calcul suit les tranches suivantes, applicables dès 8 mois d’ancienneté (pas 10 ans comme pour le départ volontaire) :
- 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années ;
- 1/3 de mois par année au-delà de 10 ans.
Reprenons l’exemple de Marie. Si c’est son employeur qui avait initié le départ après 22 ans : (10 × 2 800 / 4) + (12 × 2 800 / 3) = 7 000 € + 11 200 € = 18 200 €. L’écart avec le départ volontaire (4 200 €) est massif.
Les conditions pour que l’employeur puisse agir
L’employeur ne peut pas mettre un salarié à la retraite n’importe quand. Trois conditions s’appliquent :
- Le salarié doit avoir atteint l’âge légal pour percevoir sa pension à taux plein (en 2026 : 64 ans pour la plupart des assurés, selon la réforme de 2023) ;
- Il doit remplir les conditions pour liquider sa retraite à taux plein, en nombre de trimestres validés ;
- L’employeur doit respecter un préavis identique à celui d’un licenciement.
⚠️ À garder en tête
Une mise à la retraite effectuée sans respecter ces conditions peut être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse — avec les conséquences financières que ça implique pour l’employeur. Les salariés ont tout intérêt à connaître leurs droits.
🎯 Ce que la convention collective peut changer
Des montants souvent supérieurs au minimum légal
La loi fixe un plancher, pas un plafond. Les conventions collectives de branche ou les accords d’entreprise peuvent prévoir des indemnités bien plus élevées. Dans la banque, par exemple, certains accords accordent jusqu’à 4 ou 5 mois de salaire après 30 ans d’ancienneté pour un départ volontaire. La métallurgie, le BTP, la grande distribution : chaque secteur a ses règles propres.
Consultez votre convention collective — elle est accessible gratuitement sur le site legifrance.gouv.fr ou via les délégués syndicaux de votre entreprise. Si votre accord est plus favorable que la loi, c’est l’accord qui s’applique.
Accord d’entreprise et plan de départ amiable
Certaines entreprises proposent des plans de départs à la retraite amiables, souvent lors de restructurations. Ces dispositifs peuvent inclure des primes spécifiques, un accompagnement à la transition, voire un maintien de salaire partiel. Ces montants sont négociés et peuvent dépasser largement le légal. Rien n’oblige l’employeur à en proposer un, mais rien n’interdit au salarié de le demander.
Fiscalité et cotisations sociales sur l’indemnité
Ce qui est exonéré, ce qui ne l’est pas
Le régime fiscal dépend du type de départ :
- Départ volontaire : l’indemnité est intégralement soumise à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales. Pas d’exonération.
- Mise à la retraite : exonération d’impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé entre le montant légal/conventionnel, la moitié de l’indemnité totale ou deux fois la rémunération brute annuelle (plafond de 5 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale). La fraction dépassant ce plafond est imposable.
Du côté des cotisations sociales, l’indemnité de mise à la retraite bénéficie d’une exonération partielle tant qu’elle ne dépasse pas 10 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (soit environ 438 400 € en 2026).
✅ À retenir
Un départ volontaire à la retraite est fiscalement défavorable : l’indemnité est pleinement imposable et soumise aux cotisations. Une mise à la retraite à l’initiative de l’employeur offre à l’inverse une exonération partielle significative, en plus d’un montant de base plus élevé.
Préparer financièrement son départ à la retraite
Ne comptez pas uniquement sur cette prime
L’indemnité de départ représente rarement plus de quelques mois de salaire. Pour beaucoup de salariés, c’est utile — mais loin d’être suffisant pour financer 20 ou 25 ans de retraite. C’est là que l’épargne de long terme entre en jeu. Le Plan épargne retraite : comment bien préparer l’après-carrière reste l’un des outils les plus efficaces pour compléter sa pension, avec une fiscalité avantageuse à l’entrée.
Anticiper le timing de départ
Quelques mois de travail supplémentaires peuvent faire une différence notable. Partir à 63 ans plutôt que 64 ans peut réduire la pension de plusieurs points (décote), en plus d’amputer l’indemnité si vous n’avez pas encore atteint la tranche d’ancienneté supérieure. Calculez précisément avant de fixer votre date de départ — le service RH ou un conseiller retraite peuvent vous aider à simuler les différents scénarios.
Date d’entrée dans l’entreprise, reprises d’ancienneté contractuelles, périodes de suspension — tout compte.
Disponible sur legifrance.gouv.fr ou auprès des représentants du personnel : elle peut prévoir bien plus que le minimum légal.
Selon votre tranche marginale d’imposition, l’indemnité peut sensiblement alourdir votre note fiscale l’année du départ — prévoyez-le.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre indemnité de départ et indemnité de mise à la retraite ?
L’indemnité de départ à la retraite est versée quand le salarié part volontairement : elle est plus faible, nécessite 10 ans d’ancienneté, et est pleinement imposable. L’indemnité de mise à la retraite est due quand c’est l’employeur qui initie le départ : son montant suit le barème de l’indemnité de licenciement (plus élevé) et bénéficie d’une exonération fiscale et sociale partielle.
À partir de combien d’années de travail a-t-on droit à la prime de départ retraite ?
Pour un départ volontaire à la retraite, le Code du travail exige au minimum 10 ans d’ancienneté dans l’entreprise. En dessous de ce seuil, aucune indemnité légale n’est due. En revanche, si c’est l’employeur qui met le salarié à la retraite, le droit à indemnité s’ouvre dès 8 mois d’ancienneté.
La prime de départ à la retraite est-elle imposable ?
Oui, dans le cas d’un départ volontaire : l’indemnité est soumise à l’impôt sur le revenu et aux cotisations sociales sans exonération. Dans le cas d’une mise à la retraite par l’employeur, une exonération partielle s’applique — plafonnée au montant légal ou conventionnel, ou à la moitié de l’indemnité totale si ce montant est plus avantageux.
Ma convention collective peut-elle me donner droit à plus que le légal ?
Oui. La loi fixe un plancher minimum, mais les conventions collectives de branche ou les accords d’entreprise peuvent prévoir des indemnités de départ à la retraite bien supérieures. Certains secteurs comme la banque, la métallurgie ou la chimie proposent des barèmes nettement plus favorables. Consultez votre convention collective sur legifrance.gouv.fr pour vérifier.
L’indemnité de départ retraite est-elle versée en même temps que le dernier salaire ?
Généralement, l’indemnité de départ à la retraite est versée lors du solde de tout compte, en même temps que le dernier salaire et les autres éléments dus (congés payés non pris, etc.). L’employeur remet un reçu pour solde de tout compte que le salarié peut contester dans les 6 mois s’il constate une anomalie.