Le compte épargne logement — le CEL pour les intimes — est souvent présenté comme le petit frère du plan épargne logement. Moins médiatisé, moins rémunérateur depuis quelques années, il reste pourtant un outil solide pour constituer une épargne disponible tout en accumulant des droits à prêt immobilier. Son plafond de dépôt, fixé à 15 300 €, structure toute la logique du produit.
Avant d’ouvrir un CEL ou de décider s’il mérite une place dans votre stratégie patrimoniale, autant comprendre exactement comment fonctionne ce plafond, ce qu’il génère comme droits, et où le CEL s’arrête là où d’autres produits prennent le relais. Tour d’horizon sans jargon inutile.
Le plafond du CEL : chiffres et fonctionnement
15 300 € de dépôts maximum
La règle est simple : vous ne pouvez pas déposer plus de 15 300 € sur un compte épargne logement. Ce plafond s’applique aux versements cumulés, hors intérêts capitalisés. Autrement dit, les intérêts produits par votre CEL peuvent théoriquement faire dépasser la barrière des 15 300 € — ce n’est pas bloqué, les intérêts continuent de s’accumuler au-delà.
Concrètement, dès que votre solde atteint 15 300 € en versements, la banque refuse tout nouveau dépôt. Vous restez libre de retirer des fonds à tout moment : c’est là une vraie différence avec le PEL, dont les retraits entraînent la clôture.
Taux de rémunération et révision
Depuis le 1er février 2025, le taux du CEL est fixé à 1,75 % brut annuel. Ce taux est révisable chaque trimestre par arrêté ministériel, indexé sur la moyenne des taux interbancaires. Il a longtemps stagné à 0,25 % (entre 2020 et 2022), ce qui explique la désaffection massive du produit pendant cette période.
Deux contraintes de versement encadrent le fonctionnement :
- Un versement initial minimum de 300 € à l’ouverture.
- Un solde minimum de 300 € à maintenir en permanence, sans quoi le compte peut être clôturé par la banque.
Aucun plafond sur la fréquence des versements : vous pouvez alimenter votre CEL librement, par petits montants ou en une fois, tant que le plafond global n’est pas atteint.
Droits à prêt : ce que le plafond génère réellement
Comment se calculent les droits à prêt ?
L’intérêt principal du CEL ne réside pas dans sa rémunération — honnêtement modeste — mais dans les droits à prêt qu’il génère. Pour chaque intérêt acquis sur le CEL, vous obtenez un droit à emprunter à un taux préférentiel, calculé selon la formule réglementaire en vigueur.
Le montant maximum empruntable grâce à un CEL est de 23 000 €. Avec un solde au plafond de 15 300 € et un taux à 1,75 %, les intérêts annuels avoisinent 267 €. Il faut donc plusieurs années pour accumuler suffisamment de droits pour approcher ce plafond de prêt. Ce n’est pas un outil pour financer seul l’achat d’un appartement parisien — c’est un complément, un appoint.
Combinaison CEL + PEL : une stratégie courante
Beaucoup d’épargnants détiennent simultanément un CEL et un plan épargne logement. Les droits à prêt des deux produits se cumulent, ce qui peut porter l’enveloppe empruntable à un niveau plus significatif. Le PEL, plafonné à 61 200 €, génère des droits bien plus importants ; le CEL apporte la liquidité que le PEL n’offre pas.
Si vous gérez déjà d’autres produits d’épargne réglementée, l’article sur l’Épargne salariale Natixis : accéder à votre compte et gérer votre épargne peut vous aider à avoir une vue consolidée de vos encours.
Fiscalité du CEL selon la date d’ouverture
CEL ouvert avant le 1er janvier 2018
Les CEL ouverts avant 2018 bénéficient d’un régime fiscal favorable : les intérêts sont exonérés d’impôt sur le revenu, mais soumis aux prélèvements sociaux au taux de 17,2 %. La prime d’État — autrefois versée lors du déblocage du prêt — a été supprimée en 2011 pour les CEL ouverts à partir de cette date.
CEL ouvert à partir du 1er janvier 2018
Pour les ouvertures récentes, fini l’exonération. Les intérêts sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, qui englobe 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Vous pouvez opter pour le barème progressif si votre taux marginal d’imposition est inférieur à 12,8 %, mais c’est rarement avantageux au-dessus de la première tranche.
Cette distinction fiscale est souvent négligée. Un CEL ancien peut valoir la peine d’être conservé uniquement pour son régime fiscal, même si le taux actuel reste bas.
CEL vs autres produits d’épargne réglementée
Livret A et LDDS : la liquidité sans condition
Le livret A affiche un plafond de 22 950 € (hors intérêts) contre 15 300 € pour le CEL. Son taux est identique depuis début 2025 — autour de 2,4 % — ce qui le place mécaniquement devant le CEL en termes de rendement pur. Le LDDS (livret de développement durable et solidaire) plafonne à 12 000 €, avec le même taux que le livret A.
Aucun de ces deux produits ne génère de droits à prêt immobilier. Si votre horizon est l’achat d’un logement dans les 3 à 5 ans, le CEL conserve un avantage fonctionnel que le livret A ne peut pas répliquer.
PEL : plus de rendement, moins de souplesse
Le PEL ouvert en 2024 rapporte 2,25 % brut. Il surpasse le CEL en rémunération et génère des droits à prêt plus élevés — mais tout retrait entraîne sa clôture. C’est une épargne bloquée de fait, même si légalement aucune durée minimale n’est imposée depuis 2011.
Le CEL reste le seul produit réglementé lié au logement qui offre une vraie liberté de retrait. Pour une épargne de précaution orientée projet immobilier, c’est un positionnement cohérent. Pour approfondir les sujets liés à l’épargne et à la gestion financière personnelle, la rubrique Finance propose des analyses complémentaires.
Ouvrir et gérer un CEL au quotidien
Conditions d’ouverture
N’importe quelle personne physique, majeure ou mineure (avec représentation légale), résidant en France peut ouvrir un CEL. Une seule règle : un CEL par personne, dans une seule banque. Vous ne pouvez pas en ouvrir un second si vous en possédez déjà un ailleurs.
L’ouverture se fait directement en agence ou, pour la plupart des établissements, en ligne. Les documents à fournir sont classiques : pièce d’identité, justificatif de domicile, RIB. Comptez 10 minutes pour la démarche en ligne.
Gérer son CEL efficacement
Quelques bonnes pratiques pour ne pas laisser dormir inutilement un CEL :
- Alimenter régulièrement jusqu’au plafond si votre projet immobilier est à moins de 5 ans — les droits à prêt s’accumulent en continu.
- Vérifier chaque année si le taux a évolué : si le livret A devient nettement plus avantageux, le CEL perd de son intérêt pour l’épargne pure.
- Conserver un CEL ancien (pré-2018) pour son régime fiscal, même avec un solde minimal de 300 €.
- Ne pas confondre plafond de dépôt et plafond d’intérêts : les intérêts s’accumulent au-delà des 15 300 € sans blocage.
Le CEL est un produit de niche — ceux qui en tirent le meilleur parti sont ceux qui l’intègrent dans une stratégie globale, pas ceux qui l’ouvrent par réflexe et l’oublient.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si je dépasse le plafond de 15 300 € sur mon CEL ?
La banque refuse tout nouveau versement dès que vos dépôts cumulés atteignent 15 300 €. Les intérêts générés par le CEL peuvent toutefois porter le solde au-delà de ce montant : ils continuent de s’accumuler normalement. Seuls les versements volontaires sont bloqués.
Combien peut-on emprunter grâce aux droits à prêt d’un CEL ?
Le prêt immobilier lié à un CEL est plafonné à 23 000 €. Son montant dépend des intérêts acquis pendant la phase d’épargne : plus vous avez épargné longtemps et plus le taux était élevé, plus l’enveloppe est importante. Ce plafond peut se cumuler avec celui d’un PEL détenu dans le même établissement bancaire.
Peut-on détenir un CEL et un PEL en même temps ?
Oui, c’est tout à fait possible et même fréquent. Un même épargnant peut détenir un CEL et un PEL simultanément, dans la même banque ou dans des établissements différents. Les droits à prêt générés par chacun des deux produits se cumulent, ce qui augmente le montant total empruntable à taux préférentiel.
Les intérêts d’un CEL ouvert en 2024 sont-ils imposables ?
Oui. Pour tout CEL ouvert à partir du 1er janvier 2018, les intérêts sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %, qui regroupe 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. L’option pour le barème progressif reste possible sur déclaration, mais elle est rarement avantageuse sauf pour les contribuables faiblement imposés.
Quel est le montant minimum à conserver sur un CEL ?
Le solde minimum réglementaire est de 300 €. Si votre CEL passe en dessous de ce seuil, la banque peut procéder à sa clôture. Ce même montant correspond au versement initial obligatoire à l’ouverture du compte. En dehors de ce plancher, vous êtes libre de retirer vos fonds à tout moment sans pénalité.